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Mission Française des fouilles de Taposiris Magna

Les bains à tholoi

Les bains de Taposiris appartiennent au type des bains collectifs à cuves plates, modèle le plus répandu dans le monde grec (se baigner dans l’Antiquité). Ils furent introduit en Égypte avec la conquête d’Alexandre et dès le IIIe siècle, les papyrus montrent que ces établissements de bain (balaneia) se développent jusque dans les bourgs égyptiens et qu’ils sont rapidement fréquentés par une clientèle égyptienne. Ils sont donc un marqueur de la présence des Grecs dans la chôra, mais aussi de l’hellénisation de la société égyptienne.

Plusieurs sondages effectués depuis 2003 dans les salles souterraines et dans les extensions sud, ont montré que les fouilles de Breccia n’avaient pas touché l’ensemble de l’édifice : Breccia avait dégagé le coeur de l’établissement — une salle rectangulaire permettant à la clientèle de se préparer avant de se livrer au bain par affusion dans deux salles circulaires caractéristiques des bains de type hellénistique — et quelques pièces annexes, mais n’avait pas fouillé les pièces de service situées à l’ouest et en avant de la façade, et n’avait pas poussé son exploration plus au sud.

À l'extérieur, la fouille archéologique a dépassé nos espérances : une séquence stratigraphique complète est conservée de part et d'autre de la tranchée d'accès creusée par Breccia, sans perturbation moderne, sur plus de 4m de profondeur. Un autre résultat des sondages extérieurs est la mise au jour de maçonneries conservées en élévation en avant du rocher et tout au long du front de taille aménagé. Le complexe est assurément beaucoup plus grand que ce que Ev. Breccia a pu en voir en 1905, et son état de conservation est exceptionnel. En 2005 la salle de chauffe de l’édifice, correspondant à un état chronologiquement haut des bains, a été retrouvée, prouvant l’extension au sud du complexe et permettant pour la première fois de caler dans une chronologie absolue l’un des états des bains, au milieu du l’époque hellénistique. À l’autre bout de la fourchette chronologique, nous avons pu fixer assez précisément la date d’abandon de la zone (et sans doute de Taposiris Magna), au début du VIIe s. de n.è.

Pour le moment, les sondages ne livrent pas l’extension maximale des bains et ne répondent pas à toutes les questions, en particulier pour les phases les plus anciennes : nous n’avons pas encore trouvé trace du système d’alimentation en eau (mais on sait que le bain de type grec n’en demande pas beaucoup) et les débuts de fonctionnement de l’édifice restent incertains.

Il est possible cependant de retracer dans ses grandes lignes l’histoire de l’établissement. Le premier état du complexe correspond au modèle du bain grec traditionnel du IIIe s. av. n.è., qui établit une distinction entre bain de propreté et bain de délassement, sépare les hommes et les femmes et fonctionne avec un circuit rayonnant. Rien ne le différencie des exemples les mieux conservés connus en Grèce propre ou en Italie. Cette constatation correspond bien à ce que l’on peut connaître des premiers immigrants grecs implantés dans la région : dans un premier temps, ils restent fidèles à leur mode de vie, comme on le voit aussi dans les tombes les plus anciennes de la nécropole de Plinthine.

Cet ensemble est par la suite modifié dans ses aménagements et ses circulations, sans qu’on puisse à ce stade de l’étude distinguer la chronologie et toutes les raisons de ces transformations. Elles semblent répondre à l’évolution de la pratique du bain public et des techniques qui lui sont associées. En dépit des incertitudes qui subsistent, il est certain que, grâce à sa nature troglodyte qui obligeait les constructeurs à composer avec des états antérieurs irréversibles, notre édifice à gardé la trace de plusieurs siècles de transformations successives, illustrant l’évolution de la pratique du bain public en Égypte que l’on peut observer ailleurs en Égypte à Bouto, Athribis, ou encore Tell el-Herr.

Les bains de Taposiris peuvent également éclairer les liens éventuels entre bains et sanctuaire. Les bains hellénistiques sont rarement creusés dans le roc. Seuls deux autres exemples, à Cyrène et au Pirée, étaient connus avant la redécouverte des bains de Taposiris. Ces deux monuments sont associés à un sanctuaire et possédaient très clairement une fonction religieuse de purification et/ou de guérison. Dans notre cas, en plus de ce caractère troglodyte, c'est évidemment la proximité directe du sanctuaire d'Osiris, dont la porte sud est située à une dizaine de mètres au nord des bains, qui incite à donner à l'édifice une signification cultuelle. Son insertion dans un quartier qui regroupe en outre une chapelle et une « nécropole d'animaux » ne peut que conforter cette hypothèse d'un secteur « sacré », de part et d'autre de la voie qui, du pont et de la ville basse, menait au temple.

bdp
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